Huile de palme : quels enjeux économiques et environnementaux ?
Tribunes

Conférence présentée le 12 décembre 2019 à 8h30, au restaurant Waknine, Paris XVI par la Fondation Concorde.

Accueil de M. Michel Rousseau, Président de la Fondation Concorde

 

 

Intervenants :

  • (Animateur de la conférence) M. Philippe Chalmin, Historien, économiste libéral et spécialiste des matières premières
  • M. Pierre Bois d’Enghien, Ingénieur agronome des régions tropicales, Maître en Sciences de l’environnement à Bruxelles
  • M. Bruno Alomar, Professeur à Sciences Po, Économiste et Consultant à Bruxelles

 

Points principaux de la conférence :

  • La production mondiale d’huile de palme a été multipliée par 5 au cours des 25 dernières années pour s’établir à 75 millions de tonnes pour 2020.
  • Le référentiel RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), développé en collaboration avec des ONG promeut des critères de durabilité de la culture du palmier à huile (20% de la production mondiale est labellisée durable).
  • L’huile de palme jouit d’une image particulièrement défavorable en Occident suite aux nombreuses campagnes d’ONG.
  • L’huile de palme & les biocarburants : 45% des 8 millions de tonnes d’huile de palme importées par an en Europe sont transformées en biocarburant.

 

La Conférence “Huile de palme : Quels enjeux économiques et environnementaux ?” a rassemblé des spécialistes reconnus pour la qualité de leurs travaux afin d’apporter des éclairages sur un sujet particulièrement décrié. A l’heure où l’Occident tente de s’emparer des questions de transition écologique, l’huile de palme cristallise toutes les critiques relatives à l’empreinte négative de l’Homme sur notre planète et sa biodiversité.

Comme a pu le décrire M. Philippe Chalmin dans son propos introductif, “l’huile de palme est devenue un sujet de société à part entière, qui mêle à la fois l’environnement, le climat et l’alimentation, tant à l’échelle française, européenne et mondiale”.

Sa forte rentabilité a fait de l’huile de palme la première huile végétale dans le monde avec 75 millions de tonnes de production pour 2020. Les images de déforestation des forêts primaires ont fait le tour du monde. Ferrero subit de nombreuses critiques quant à son utilisation dans la recette de sa célèbre pâte à tartiner et la transformation de l’huile de palme en biocarburant est en augmentation croissante partout sur notre planète pour remplacer le diesel traditionnel. Sa culture, sa production et sa consommation influent sur la vie de milliards d’individus sur notre planète.

L’huile de palme est-elle alors un danger ou une opportunité pour les 7 milliards d’humains sur Terre ?

M. Philippe Chalmin, économiste spécialiste des matières premières, a dirigé ce débat passionnant qui a permis de rétablir de nombreuses vérités sur l’huile de palme.

M. Pierre Bois d’Enghien, ingénieur agronome spécialiste des régions tropicales et Maître en Sciences de l’environnement, et M. Bruno Alomar, Économiste et Consultant à Bruxelles, nous ont fait l’honneur de nous éclairer de leurs connaissances sur ce sujet si particulier.

 

Une production mondiale exponentielle

La production d’huile de palme a connu une augmentation rapide et très importante en à peine 25 ans. De 15 millions de tonnes d’huile en 1995, la production est passée à 75 millions pour l’année 2020. La Malaisie (40 millions de tonnes) et l’Indonésie (20 millions), les deux producteurs historiques, se partagent plus de 90% de la production mondiale. Le reste de la production réside essentiellement en Afrique.
45% des 8 millions de tonnes d’huile de palme qu’importe l’Union européenne (mais seulement 5% de la fourniture mondiale totale de l’huile de palme) sont désormais destinées aux biocarburants.
C’est un marché en plein essor qui fait littéralement grimper en flèche les prix de l’huile de palme. L’Indonésie, principal producteur mondial, déjà à 30% de biocarburant, a pour objectif d’atteindre 50% de biocarburant à l’horizon 2050.

Total a souhaité participer à cet effort en transformant son usine de La Mède en une unité de production de biocarburant.

Pour M. Bois d’Enghien, les populations africaines et asiatiques peuvent se permettre de transformer de l’huile de palme en biocarburant par manque de produits fossiles disponibles.

Pour lui, la volonté de l’Indonésie d’arriver à 50% de biocarburant a un sens, contrairement à une exportation en Europe de l’huile de palme pour en faire du biocarburant, pas assez rentable sur le plan énergétique global pour la faire émerger en tant que carburant propre.

Une production européenne d’huile de palme a été évoquée dans une question, mais le prix démesuré à l’hectare en France notamment (10 à 11 000 euros l’hectare de production) serait davantage un choix politique, ce dont les gouvernements européens ne souhaitent absolument pas s’emparer.

L’huile de palme reste un sujet de débat particulièrement vivace. Les intérêts multinationaux liés à sa production ainsi qu’à sa consommation en font un sujet de premier plan à traiter dans le cadre de notre transition énergétique et climatique pour les décennies à venir.

 

 

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