Opinion | Coronavirus : nos faiblesses sous microscope
Tribunes
L’épidémie du coronavirus fait courir un risque majeur à l’économie mondiale.
Elle met en évidence nos faiblesses et devrait nous inviter à revoir notre modèle économique et sanitaire, estime Emilie Chandler.
Par Emilie Chandler (administratrice de la Fondation Concorde)
L’épidémie du coronavirus fait courir un risque majeur à l’économie mondiale en bloquant aussi bien l’offre, avec l’arrêt des usines, que la demande avec l’effondrement de l’activité notamment dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de l’événementiel, du luxe et du transport. Ainsi, plus de 3.600 entreprises ont déjà fait une demande de chômage partiel soit 60.000 emplois concernés.
Désormais, c’est la faillite qui menace les petites et moyennes entreprises de ces secteurs avec la disparition de leurs recettes. Cela va mettre en tension le système bancaire avec la montée en flèche des taux de défaut sur prêt.

Des mesures encore insuffisantes

Les moyens de résister à cette crise relèvent classiquement d’une relance budgétaire, d’un report des impôts et des charges sociales, de mesures de chômage partiel. Au niveau européen, il s’agirait d’assouplir les règles prudentielles pour permettre aux banques de garder plus longtemps dans leurs bilans les créances d’entreprises en difficulté de trésorerie.
De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a préféré, à la baisse de taux déjà très bas, des mesures de financement à des taux très bas pour les banques et augmenté l’enveloppe consacrée à son programme d’achat obligataire, espérant ainsi stimuler l’activité de prêts octroyés par les banques. On sait déjà que cela sera insuffisant.

Copier les pays asiatiques

Le principal levier réside dans la capacité à endiguer rapidement la pandémie sur le plan sanitaire. A cet égard, il nous faut tirer toute l’expérience des pays asiatiques qui ont été confrontés avant nous au Covid-19, en particulier la Chine et la Corée du Sud qui semblent en passe de juguler la propagation de l’épidémie avec une chute des nouveaux cas.
L’incitation à la distance sociale a favorisé une propagation moindre du virus. Le port du masque systématique qui crée une double barrière entre une personne contaminée et son entourage, conjugué avec le lavage des mains, constitue donc a priori une solution particulièrement efficace et peu coûteuse pour faire reculer l’épidémie. C’est du reste ce que recommande la Direction générale de la santé pour les médecins dans leurs cabinets médicaux. Il est donc primordial de faire preuve de civisme. Seule l’action collective, menée en pleine conscience des enjeux, nous permettra d’endiguer la propagation du virus.

Action publique limitée

A plus long terme, au-delà de cette crise, nous devrons en tirer toutes les leçons. L’Italie a pris de plein fouet la crise pour deux raisons principales : sa situation démographique, qui la place en tête des pays les plus vieux au monde, d’où un taux de mortalité élevé et son système sanitaire, qui a été vite dépassé.
En France, à ce stade, on retiendra une frayeur – peut-être – salutaire sur notre double niveau de dépendance, à la fois budgétaire (déficit public) et économique (délocalisations, notamment sur des industries stratégiques comme la chimie). L’Etat se trouve aujourd’hui interrogé sur le cœur de sa mission de protection des personnes et des biens.
L’intervention du président de le République a été là pour le rappeler, mais le ton déterminé n’a pas pu cacher les limites de l’action publique. D’abord, parce que le risque sanitaire va mettre à rude épreuve un système hospitalier à bout de souffle, qui, pour n’être pas débordé, est obligé de compter sur la discipline individuelle et collective des citoyens. Ensuite, parce que les marges de manœuvres budgétaires sont inexistantes. La facture va être lourde et notre endettement dépasse déjà 100 % du PIB. Enfin, parce que l’essentiel de l’action économique dépend de l’Europe qui n’a pas brillé ces derniers temps par sa solidarité et sa cohésion politique. Sans compter les choix isolationnistes de certaines grandes puissances. L’esprit de 2008 est loin…

Cartographie du risque de souveraineté

La question reste de savoir si cette crise historique va aboutir à une prise de conscience durable de nos fragilités et à un changement de paradigme économique et politique. L’Etat est là pour protéger et son devoir n’est pas seulement de le dire mais de s’en donner les moyens.
Réindustrialisation des territoires, relocalisations, reprise en main de nos secteurs stratégiques…la crise appelle à une cartographie sérieuse du risque de souveraineté, notamment sanitaire, et à un programme politique à la hauteur de la reprise en main de notre destin. Faudra-t-il attendre 2022 pour cela ?
Emilie Chandler est administratrice de la Fondation Concorde. Associée au sein du cabinet NMCG, elle couvre principalement les thématiques du droit de la santé.

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