Sortir de l’utopie, revoir les orientations de la loi de transition énergétique
Transition énergétique

Pour une politique énergétique rationnelle

La Fondation Concorde propose de renoncer à l’objectif de la loi de transition énergétique qui vise à investir lourdement pour remplacer prématurément le système électrique français actuel –un des plus performants au monde sur le plan économique et écologique- par un système électrique hypothétique basé sur les énergies renouvelables intermittentes qui n’a encore jamais fait ses preuves nulle part dans le monde. Pour comprendre l’importance stratégique, économique et écologique du parc nucléaire français, ayons à l’esprit que pour produire les 400 TWh d’électricité nucléaire dépourvue de C02 avec des centrales à gaz avec un rendement de 50%, il faudrait une production annuelle de gaz de 68,8 millions de TEP, soit la onzième production mondiale de gaz égale à celle de la Malaisie, venant juste après la production de l’Algérie et de l’Australie (82 millions de tonnes).

Production de gaz par pays
en millions de TEP
2016
Etats-Unis 690,8
Russie 521,5
Iran 182,2
Qatar 163,1
Canada 136,8
Chine 124,6
Norvège 105
Arabie Saoudite 98,4
Algérie 82,2
Australie 82
Parc nucléaire français 68,8
Malaisie 66,5

 

Faut-il revenir sur cet acquis ?

 

  1. Le paradoxe de l’électricité : la plus grande chance pour l’humanité, mais aussi la plus grande menace pour le climat

L’énergie est à la base de la croissance et du progrès humain. L’espèce humaine s’est en effet développée grâce à sa capacité à mobiliser des sources d’énergie extérieures à son métabolisme et grâce à une baisse constante du coût d’utilisation de l’énergie en recourant à de nouvelles énergies associées à de nouvelles technologies (charbon/vapeur, électricité/moteur/éclairage, pétrole/moteur à explosion/réacteur).

Si l’énergie électrique a déjà transformé le monde au cours de la deuxième révolution industrielle avec l’éclairage et les moteurs, elle est à nouveau au cœur de la quatrième révolution industrielle en cours, la transformation digitale du monde. L’énergie électrique est en effet le pilier des sociétés électronumériques que nous construisons.

 

L’électricité représentera ainsi 45% de la consommation totale d’énergie en 2035 selon les projections de l’AIE. Mais à l’heure actuelle, la production d’électricité par la combustion du charbon ou d’autres énergies fossiles entraîne 40% des émissions de C02 du monde et constitue donc la plus grande menace pour le climat devant les transports et l’industrie. Sortir du charbon la production d’électricité mondiale constitue le premier impératif climatique.

 

Origine des émissions mondiales de C02 dues à la combustion d’énergie en 2013 (Source : AIE)

Production d’électricité 40%
Transport 23%
Industrie et construction 19%
Secteur de l’énergie hors électricité 8%
Résidentiel 6%
Autres secteurs dont tertiaire 3%

 

Selon le GIEC, pour lutter contre les émissions de C02, 80% de l’électricité mondiale (renouvelables, nucléaire, combustible avec séquestration du C02) devra être bas carbone en 2050 contre 32% aujourd’hui.

 

C’est le paradoxe de l’électricité, être la plus grande chance pour l’humanité mais aussi la plus grande menace pour le climat. Autant dire que la décarbonation de l’électricité représente le plus grand défi écologique à relever.

 

  1. La France est en avance : elle a déjà décarboné sa production d’électricité

La France a déjà relevé ce défi. Pour le moment, dans le monde, seuls 6 Etats ont réussi à mettre en œuvre ce critère de 80% minimum d’électricité décarbonée. Pour deux d’entre eux, le critère est atteint grâce à des avantages naturels exceptionnels. Il s’agit de l’Islande qui atteint le résultat parfait de 100% grâce à l’hydraulique (70%) et à la géothermie (30%), et de la Norvège pour qui l’hydraulique permet à elle seule d’atteindre 97%..

Pour les quatre autres pays, seule la combinaison nucléaire/hydraulique permet d’atteindre le ratio recommandé. Il s’agit de la Suisse à 95% (37% nucléaire et 58% hydraulique), de la France à 81,7% en 2017 (71,6% de nucléaire et 10,1% d’hydraulique), de la Suède à 85% (40% de nucléaire et 45% d’hydraulique), et du Brésil à 78% (3% de nucléaire et 75% d’hydraulique).

La France a donc d’ores et déjà atteint cet objectif crucial de décarbonation de l’électricité. Elle doit donc désormais viser à utiliser tout le potentiel de son électricité « free carbon » à 90% (nucléaire, hydraulique, éolien, photovoltaïque) pour décarboner l’ensemble de son système énergétique (chauffage, transport,…).

 

 

  1. Question sur la loi de transition énergétique : loi de lutte contre les émissions de C02 ou loi de sortie du nucléaire ?

Au lieu de tirer le profit de cette électricité déjà décarbonée et d’entrer dans un stade supérieur de la transition énergétique en remplaçant les énergies fossiles émettrices de C02 utilisées pour le transport et le chauffage par notre électricité décarbonée, la loi de transition énergétique engage des moyens financiers très importants pour réduire la production nucléaire décarbonée existante à 50% de la production française (soit la fermeture anticipée de 17 réacteurs) et la remplacer par des énergies renouvelables décarbonées à développer.

Pour quelles raisons ? Est-ce que l’électricité renouvelable est moins chère ? Peut-on remplacer l’électricité nucléaire qui produit quand on en a besoin par des énergies intermittentes qui produisent quand les conditions météorologiques sont favorables ? Est-ce de l’économie, de l’écologie ou de l’idéologie ?

 

  1. Les énergies renouvelables sont-elles réellement moins chères que l’énergie nucléaire ?

Le concept de parité réseau, c’est-à-dire le fait que le prix du KWh renouvelable baisse en dessous du prix du KWh nucléaire ou fossile, s’est imposé dans les media pour affirmer la nouvelle compétitivité des énergies renouvelables. L’électricité photovoltaïque serait ainsi, selon les media, d’ores et déjà plus compétitive que l’EPR, 50% moins chère. Dans ces conditions, il semble évident d’y recourir pour remplacer le parc nucléaire !

 

Mais en réalité cette parité réseau n’a aucun sens technique ou économique car elle amène à comparer des types de production d’électricité très différents :

  • Les électricités thermiques, nucléaires et hydrauliques qui fonctionnent tout au long de l’année quand on en a besoin.
  • Les électricités intermittentes à base d’éolien ou de photovoltaïque dont la production découle directement des conditions climatiques ensoleillement ou vent. Les taux de charge de l’éolien et du photovoltaïque, c’est-à-dire la production annuelle rapportée à sa capacité de production théorique étant respectivement de 23% et de 15%.
  • Si ces énergies peuvent avoir un prix comparable rapporté au KWh, elles n’ont pas du tout la même valeur. A quel prix achèteriez-vous une voiture qui ne pourrait être utilisée qu’aléatoirement, 20% du temps ?

 

La preuve de la compétitivité nucléaire par Hinkley Point : les deux EPR d’Hinkley Point que doit construire EDF fourniront l’équivalent de 7% des besoins en électricité du Royaume-Uni. Un accord de garantie de prix a été conclu avec le gouvernement britannique par lequel l’électricité produite par Hinkley Point C sera rachetée pendant une durée de 35 ans à un tarif de 92,5 livres par MWh, soit un prix de 102,50€/MWh. Nombre d’observateurs ont pointé le coût élevé de production et ont souligné le manque de compétitivité des réacteurs EPR par rapport à des solutions renouvelables. Mais on peut analyser cet accord d’une toute autre manière, à savoir que le gouvernement britannique estime que pendant les 35 années du contrat débutant en 2025 soit jusqu’en 2060, l’EPR sera la solution la moins chère pour produire une électricité décarbonée, disponible quand on en a besoin.

Soit on considère que le gouvernement britannique est incompétent et irrationnel, soit on doit interroger nos croyances et les affirmations médiatiques. Si les EPR d’Hinkley Point constituent effectivement la solution de production d’électricité décarbonée la plus compétitive, alors le parc nucléaire français existant beaucoup moins cher s’avère hyper compétitif ! D’ailleurs, si les énergies renouvelables sont plus compétitives, pourquoi leur accorde-t-on toujours des subventions aussi élevées ?

 

  1. La loi de transition énergétique va recarboner la production d’électricité française

Pour que la France continue à figurer dans les pays les plus avancés en matière de protection du climat, il importe que ces nouveaux moyens de production construits en remplacement des réacteurs nucléaires dont on va anticiper la fermeture n’ajoutent pas un gramme de C02 au bilan carbone du pays.

Est-ce possible ?

Non, parce que le nucléaire est l’énergie la moins émettrice de C02 avec l’hydraulique quand on comptabilise le C02 dans l’ensemble du cycle de vie :

 

 

Non, parce que les énergies renouvelables qui devront remplacer cette production nucléaire sont fortement intermittentes en dépendant directement des conditions météorologiques vent et soleil et en conséquence nécessitent une production complémentaire à base d’énergie fossile, que les centrales à charbon soient françaises ou allemandes.

 

  1. 80% de production d’électricité d’origine renouvelable intermittente, est-ce possible ?

Comment, à partir d’une production aussi fluctuante, dépendant du vent et du soleil, pouvoir fournir une électricité dont nous avons besoin, quand nous en avons besoin ?

 

Plusieurs solutions sont évoquées :

  • La construction de grands réseaux électriques d’échange d’électricité à l’échelle de l’Europe pour mutualiser les ressources, c’est-à-dire espérer qu’une atmosphère venteuse au Danemark puisse compenser le calme plat en Espagne.
  • Le pilotage de la demande via les smartgrids, par exemple la réduction de notre chauffage, en cas d’insuffisance de production. Mais sommes-nous prêts à adapter nos rythmes de vie et d’activité à la fluctuation des éléments naturels? Notre civilisation électronumérique peut-elle fonctionner en étant soumise à ces fluctuations ?
  • Le stockage de l’électricité qui constitue logiquement le plus grand espoir avec le développement des voitures électriques qui fait baisser de manière constante le prix des batteries.

 

Mais il faut avoir en tête les réalités du stockage de l’électricité :

  • Les énergies renouvelables associées à des batteries électriques peuvent représenter une solution pour l’accès à l’électricité pour les pays à latitude favorable.

L’utilisation de kits comprenant des panneaux solaires, une batterie, des lampes voire des appareils électroménagers permet d’accéder à un minimum de fourniture électrique, ce qui représente un grand progrès en termes de confort de vie, si l’on considère que la consommation d’électricité moyenne par habitant s’élève par exemple en Afrique à 181 KWh/an contre 6000 en Europe. Ces solutions restent cependant insuffisantes pour développer des activités productives. Les pays africains qui développent réellement leur économie, construisent des systèmes électriques traditionnels à partir d’énergie hydraulique (Ethiopie, Cote d’Ivoire, Cameroun,…) ou de charbon (Afrique du Sud). L’Inde envisage de construire la plus grande centrale nucléaire du monde.

 

Sous nos latitudes, les batteries ne peuvent représenter en outre qu’une réponse marginale aux besoins de stockage car les besoins de stockage sont hebdomadaires ou même saisonniers. La production photovoltaïque génère par exemple un excédent de production en été (qu’en faire ?) et s’avère très déficitaire en hiver :

Source : France Stratégie

 

Aucune batterie électrique ne sera en mesure de stocker la production excédentaire d’été pour la mettre à disposition l’hiver.

  • Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) constituent à l’heure actuelle le moyen le plus économique de stocker l’électricité de manière massive. Les STEP utilisent l’énergie hydraulique grâce à deux barrages situés à deux altitudes différentes. Lorsque la demande électrique est faible, l’eau du bassin inférieur est pompée vers le bassin supérieur. Lorsqu’elle est élevée, la station restitue l’électricité en turbinant l’eau du bassin supérieur.

L’économiste allemand Werner Sinn a évalué les moyens de stockage sous forme de STEP nécessaires pour permettre à la production éolienne et photovoltaïque allemande de 2014 de répondre aux fluctuations de la demande. Il faudrait un stockage intersaisonnier de 11,18 TWh alors que le parc allemand de STEP actuel ne stocke que 0,038 TWh. Cela reviendrait à multiplier ces step par 300. Dans le cas où cette production triplerait, il faudrait construire 20517 step alors qu’il n’en existe que 35 ! Il n’existe évidemment pas de sites montagneux susceptibles de les accueillir.

  • Le stockage d’électricité par hydrogène est une autre option envisagée mais qui reste théorique et hypothétique. Du reste, si des progrès technologiques permettaient de baisser le coût de production de l’hydrogène, celui-ci serait utilisé de manière beaucoup plus rentable pour alimenter les véhicules.

Nous ne disposons pour le moment que d’une véritable solution pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables, l’utilisation de la grande flexibilité des moyens de production d’électricité conventionnel, charbon ou gaz.

L’exemple allemand illustre bien cette nécessité. L’Allemagne est un des pays qui a le plus développé les énergies renouvelables qui ont représenté 37,8% de sa production d’électricité en 2016, qui sont complétées par une production thermique extrêmement polluante en C02 et en particules fines à base de lignite, de gaz et de charbon pour 62% de la production.

 

Pourtant, c’est aussi un des pays où la production d’électricité émet le plus de C02. En 2016, l’Allemagne a émis dix fois plus de C02 que la France en ce qui concerne la production d’électricité.

Aucun état n’a pu atteindre l’objectif du GIEC des 80% d’électricité décarbonée en utilisant les énergies renouvelables intermittentes (éoliennes et le photovoltaïques).

 

  1. Quel sera l’impact du développement des énergies renouvelables intermittentes sur le pouvoir d’achat des Français ?

Suivre la voie allemande nous amènera aux mêmes surcoûts pour les consommateurs. A l’heure actuelle, l’Allemagne fait payer près de 25 milliards € annuellement aux Allemands pour le développement des énergies renouvelables contre 5 milliards € en France.

 

Suivre la trajectoire allemande coûtera aux Français 20 milliards € supplémentaires avec à la clé un recul de leur niveau de vie et la perte de plus de 200 000 emplois.

Ce surcoût de production des énergies renouvelables intermittentes financé par des taxes ne représente en outre qu’une partie de la hausse des factures des consommateurs d’électricité. Il faut y ajouter les coûts d’intégration dans le système électrique : investissements dans les réseaux de transport, investissements dans les réseaux de distribution pour collecter des productions extrêmement dispersées (6 500 sites éoliens, 300 000 sites photovoltaïques), coûts de réserve ou coûts de stockage à développer.

 

L’OCDE a réalisé une évaluation des coûts d’intégration des différentes productions dans le système électrique pour la France :

 

 

Technologie Nucléaire Charbon Gaz Eolien terrestre Eolien offshore Solaire
Niveau de pénétration 10% 30% 10% 30% 10% 30% 10% 30% 10% 30% 10% 30%
Coûts systémiques totaux au niveau du réseau 2,07 2,05 1,01 1,01 0,54 0,54 20,47 24,10 30,83 34,47 43,03 46,55

                                                                                                                                    En euros/MWh

 

Le coût est maximal pour le solaire photovoltaïque à un taux de pénétration de 30%. Il s’élève à 46 euros/MWh, presque l’équivalent du coût de production. Il faudra y ajouter les coûts des smartgrids à développer pour piloter les consommations en cas d’insuffisance de production.

Mais les coûts les plus importants découlent de la réduction de la production nucléaire qui doit s’effacer quand le vent souffle et le soleil brille. Les coûts de production du nucléaire qui sont fixes pour l’essentiel doivent ainsi être répartis sur une production moindre : ses coûts de production unitaires augmentent. Une centrale nucléaire dont la production est réduite de 50% voit ses coûts unitaires de production presque doubler.

Ces coûts ne sont pas clairement identifiés dans les comptes du gestionnaire du réseau de transport RTE, ni dans ceux d’Enedis, ni dans ceux d’EDF. Ils constituent les coûts cachés de la transition énergétique. Il faut enfin ajouter les coûts d’indemnisation d’EDF pour la fermeture anticipée des centrales nucléaires.

Une façon d’estimer le coût réel du développement des énergies intermittentes consiste à procéder, comme l’a fait Remy Prud’home dans son ouvrage « le mythe des énergies renouvelables – quand on aime, on ne compte pas » en étudiant la corrélation entre les prix de l’électricité dans les différents pays européens avec la part des énergies renouvelables intermittentes :

Prix de l’électricité en fonction de la proportion de renouvelables intermittents – Europe 2015

Proportion de renouvelables intermittents (%) Prix de l’électricité (€/MWh)
0 % 125
5 % 152
10 % 179
20 % 233
30 % 288

 

On observe ainsi que les prix de l’électricité pour les ménages allemands ont doublé entre 2000 et 2017.

 

Prix du KWh pour les ménages en euros
2000 2017 Evolution
Allemagne 0,152 0,304 + 100%
France 0,117 0,169 + 44%

Source : Eurostat

 

Du fait d’un développement moindre des énergies renouvelables, les ménages français n’ont connu qu’une augmentation de 44%. Cela représente des factures annuelles respectivement pour un ménage consommant 2000 KWh par an et un ménage équipé d’un chauffage électrique consommant 10 000 KWh par an :

France 2000 Allemagne 2000 France 2017 Allemagne 2017
Ménage sans chauffage électrique 234 € 304 € 338 € 608 €
Ménage avec chauffage électrique 1 179 € 1 520 € 1 690 € 30 40 €

 

A l’heure actuelle, la production d’électricité renouvelable intermittente représente 4% de la production totale française (2016). L’augmenter à une proportion de 30% comme le prévoit la loi de transition énergétique doublera la facture d’électricité des consommateurs français.

 

  1. Quel sera l’impact du développement des énergies renouvelables intermittentes sur notre économie ?

Outre le fait qu’elle apporte directement un excédent commercial de 2 milliards €, l’électricité nucléaire constitue en effet un élément de compétitivité primordial.

La hausse des prix de l’électricité se répercute sur les prix de vente des entreprises françaises, avec une perte de compétitivité sur le marché national comme international, qui conduit à une baisse de l’activité et une détérioration de la balance commerciale. La note du CAE « Energie et compétitivité » (Bureau – Fontagné-Martin) estime qu’une hausse du prix de l’électricité de 10% réduit nos exportations de 1,9%.

Selon ces ratios, la dérive des coûts de l’électricité pour les entreprises induite notamment par le financement du développement des ENR comparativement aux Etats-Unis (+60% depuis 2003 alors que nous aurions pu rester à parité de prix), a déjà réduit nos exportations de 51 milliards € par an (11,4% de 453 milliards €) depuis cette date !

 

Prix de l’électricité pour l’industrie (en$/KWh)

Etats-Unis Allemagne France
2003 0,05 0,13 0,07
2014 0,07 0,26 0,14
Augmentation +40% + 100% + 100%

Sources : Eurostat, EIA, Natixis

 

Si nous avions connu une hausse de prix aussi faible qu’aux Etats-Unis entre 2003 et 2014, notre balance commerciale serait équilibrée nous mettant ainsi à l’abri de la défiance des marchés financiers et nous bénéficierions de 510 000 emplois supplémentaires à raison de 10 000 emplois par milliard € d’exportations.

Un nouveau dérapage des prix de l’électricité accélérera cette tendance, même si l’essentiel des fermetures de centrales est programmé sur le prochain quinquennat. L’impact se situera d’abord au niveau des anticipations des acteurs économiques. La perspective de fermeture de centrales nucléaires dissuadera les entreprises d’investir sur le sol français.

 

  1. La limite des ressources naturelles

Le vent et le soleil sont perçus comme des ressources inépuisables et gratuites. C’est cependant loin d’être le cas. Ce sont des énergies diffuses à faible densité énergétique. Pour les collecter et les transformer en une énergie efficace, il est nécessaire de construire des infrastructures gigantesques mobilisant beaucoup de matière. A titre d’exemple, il faut 870 éoliennes de grande taille pour produire la même énergie –mais intermittente- qu’une centrale nucléaire de 1300 MW. Ces 870 éoliennes nécessiteront pour leur construction 1 400 000 tonnes d’acier contre 80 000 tonnes pour une centrale nucléaire.

Ces énergies diffuses à faible densité énergétique sont donc caractérisées par une forte intensité matière.

Le scénario de développement des énergies renouvelables le plus extrême quantifié par Garcia-Olivares montre que, pour remplacer la totalité des hydrocarbures par de l’électricité entièrement produite par du renouvelable, il faudrait pour les ressources les plus en tension :

  • 33 Mt de cuivre (21 années de production actuelle et 50% des réserves connues)
  • 8 Mt de lithium (190 années de production, 200% des réserves)
  • 66 Mt de nickel (41 années, 95 % des réserves)
  • 31 Mt de platine (19 années, 44% des réserves)
  • … et des quantités d’énergie pharamineuses, ce qui rend ce scénario complètement irréalisable à l’échelle mondiale.

 

Les installations pour collecter ces énergies diffuses s’avèrent également extrêmement consommatrices d’espace, de terre et de paysage. En termes de consommation d’espace, le rapport entre une production nucléaire et une production renouvelable intermittente est de :

  • 5000 pour l’éolien,
  • 7500 pour le photovoltaïque.

Pour ces diverses raisons, il pourrait d’ailleurs s’avérer difficile en France de quadrupler le rythme de déploiement des énergies renouvelables comme on le prévoit du fait des oppositions.

 

  1. Pour une nouvelle loi de transition énergétique réduisant effectivement les émissions de C02, préservant le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité de notre économie

 

❶ Exploiter le parc nucléaire existant tant qu’il est moins cher que les systèmes décarbonés alternatifs.

 

❷ Préparer l’avenir

Le parc nucléaire existant dont l’âge est de 32 ans est à même de nous garantir une énergie décarbonée et compétitive durant 2 à 3 décennies selon que l’on allonge sa durée de vie à 50 ou à 60 ans.

Il faut mettre à profit ce délai pour lever l’hypothèque du stockage massif d’électricité par la recherche.

Mais il faut également mettre à profit ce délai pour développer un nouveau nucléaire compétitif par l’intégration des immenses progrès technologiques en cours (matériaux, numériques,…). Les développements doivent se faire sans tabou, en particulier sans exclure par avance les petits réacteurs modulaires qui peuvent présenter des avantages importants en termes de rapidité de construction et de modularité de déploiement. Il n’existe en effet aucune certitude quant à la capacité des énergies renouvelables à fournir l’électricité de notre civilisation électronumérique partout dans le monde.

 

❸ Engager la décarbonation des usages énergétiques en substituant aux énergies fossiles notre électricité carbon free

 

Le gouvernement a déjà proposé des initiatives en ce sens avec par exemple un objectif de conversion du parc automobile à l’électricité d’ici 2040 ou une aide à la conversion des chaudières fuel aux énergies renouvelables et aux pompes à chaleur.

Nous estimons nécessaire d’aller plus loin en substituant notre électricité décarbonée aux énergies fossiles pour le chauffage des locaux et la production d’eau chaude. Cela nécessite de réviser la réglementation thermique qui détermine le choix des énergies pour ces usages.

A l’heure actuelle, la réglementation thermique française tourne le dos à la logique de substitution des énergies fossiles par notre électricité décarbonée. En effet, la réglementation thermique calcule les objectifs de consommation non pas sur la quantité d’énergie effectivement consommée dans le logement, mais sur la quantité d’énergie dite primaire où, par une convention datant des années quatre-vingt, 1 kWh électrique pèse 2,58 fois plus qu’un kWh produit à partir des énergies fossiles. Résultat : dans le logement collectif neuf, la part de l’électricité est passée en quatre ans de 70% à 10% et celle du gaz de 30 à 73% avec pour conséquence le remplacement d’une énergie décarbonée par une énergie fossile et l’augmentation de nos émissions de C02 ! Les émissions de carbone des logements se situent en effet aux alentours de 10 kg C02/M2/an lorsqu’ils sont équipés au gaz (Chauffage + ECS) et de 3 kg C02/m2/an à l’électricité.

La réglementation thermique actuelle prive ainsi les ménages acheteurs de solutions moins coûteuses en investissement, en entretien, en exploitation. Faire évoluer la réglementation thermique en prenant en compte les émissions de C02 permet ainsi de gagner sur tous les tableaux écologiques et économiques.

Mais la réglementation environnementale doit aller plus loin en incitant à des équipements électriques flexibles et connectés pour tirer le meilleur parti des productions électriques renouvelables comme les radiateurs électriques à stockage électrique (Lonlay energy) ou à accumulation de chaleur (Muller). Elle doit, à cet égard, absolument reconsidérer la place des chauffe-eaux à accumulation qui ont été bannis des logements.

La réglementation doit par ailleurs intégrer les besoins de climatisation qui vont devenir nécessaires pour des raisons sanitaires pour faire face aux pointes de chaleur qui vont se multiplier et s’intensifier avec le changement climatique. Certaines régions françaises pourraient connaître des pointes de chaleur de 52°C en 2050 et 55°C à la fin du siècle.

Ces projections devraient inciter à développer la climatisation réversible pour le chauffage des locaux qui est particulièrement économe en énergie et satisfait les deux besoins chauffage et climatisation.

Comme pour la voiture électrique, cette substitution de l’électricité  « carbon free » aux énergies fossiles sera autant bénéfique pour le climat que pour la santé en réduisant les émissions de polluants atmosphériques.

 

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