Colloque « Une seule France, n’oublions pas nos territoires ! »
Conférences

Le Président de la république a affirmé devant le congrès sa volonté de remettre les territoires au cœur des politiques publiques. A ce titre, la Fondation Concorde a organisé, avec le concours du MEDEF, une matinée de débat autour de l'importance pour notre pays de revitaliser ses territoires.

La Fondation Concorde tient à remercier les participants ainsi que l’ensemble des intervenants pour la qualité des débats et des propositions qui en sont ressortis. Nous adressons également un remerciement particulier à Philippe Mabille – directeur de la rédaction de La Tribune – qui a modéré cette matinée.

Introduction

Après quelques mots d’introduction du modérateur, Eric Orsenna, membre de l’académie française nous a fait l’honneur de nous donner son point de vue sur la désindustrialisation et les territoires. Il a mis en avant l’importance du rôle de l’industrie dans les territoires, un rôle pas seulement économique, selon M. Orsenna l’entreprise fait partie d’un écosystème économique mais aussi culturel. Une usine dans un territoire représente des emplois mais représente également bien plus que cela, quand celle-ci ferme ou se délocalise, c’est tout un territoire qui est affaibli.

C’est ensuite Pierre Gattaz, Président du Medef, qui est intervenu. Selon lui, l’élection du nouveau président de la République a suscité une vague d’espoir dans notre pays. La politique qui est menée est une politique pragmatique, de bon sens, qui donne plus de libertés aux acteurs. Cependant, M. Gattaz estime qu’il est nécessaire de faire les réformes importantes dès maintenant, ces réformes vont mettre du temps à porter leur fruit et le contexte est idéal pour les mener à bien dès aujourd’hui. De même, un facteur central pour réindustrialiser nos territoires se trouve dans notre attractivité envers les investisseurs étrangers. Pour le président du Medef il s’agit de formuler trois propositions fiscales claires, simples et faciles à traduire en anglais pour attirer les investisseurs étrangers. Il nous faut créer 2 millions d’emplois pour atteindre 6% de chômage dans notre pays, si nous sommes capables de faire les réformes nous pourrons voir les 30 audacieuses succéder aux 30 piteuses.

 

Chiffres-clés de la désindustrialisation

  • L’industrie pesait 24% de notre PIB en 1980, elle n’en représente plus que 14%.
  • Depuis 1980, la France a perdu 2 millions d’emplois industriels, alors que 8 millions d’emplois de service ont été créés.
  • L’industrie récoltait 35% des subventions d’exploitation en 1980. Elle n’en récolte plus que 10% en 2016.
  • Les services captaient 44% des subventions d’exploitation en 1980, contre 71% aujourd’hui.

L’industrie est le secteur qui favorise le plus la croissance :

  • L’industrie offre des rémunérations 21% supérieures à celles des services (39.000€ contre 32.500€).
  • Un emploi industriel créé 27% de valeur ajoutée de plus qu’un emploi de service (98.000€ contre 77.000€).
  • La création de 50.000 emplois industriels générerait 0,23 point de PIB.

Table ronde I – Revitaliser nos territoires : industrie, commerce, infrastructures

Intervenants :

Philippe Darmayan, Président du Groupe des Fédérations Industrielles

Jacques Creyssel, Président de la Fédération du Commerce et de la Distribution

Bruno Cavagné, Président de la Fédération Nationale des Travaux Publics

Contexte :

  • La France ne produit pas plus de biens manufacturés qu’en 1996, alors que dans le même temps, sa consommation intérieure de ses biens a augmenté de 60%.
  • La balance commerciale française est déficitaire de 55 milliards € pendant que celle de l’Allemagne est excédentaire de 280 milliards €.

 

En ce qui concerne la politique territoriale, l’Etat préfère la politique du pansement à celle du traitement. La centralisation entraine des décisions unilatérales et unifiées sur l’ensemble des territoires, ces politiques ne prennent pas en compte leur grande diversité. Certains territoires sont littéralement abandonnés, et une fermeture en entrainant une autre, c’est l’ensemble des secteurs qui sont touchés, de l’industrie aux commerces de proximité. Ces différences d’activité entre les territoires se traduisent dans les urnes, les différences de PIB entre les régions correspondent aux différences de vote dans notre pays.

Les commerces sont confrontés à une concurrence très forte des plateformes de commerce en ligne, la fiscalité locale pénalise ces petits commerces qui ne parviennent plus à vivre au cœur des territoires. De même, les commerces de centre-ville sont confrontés au déplacement des populations vers les périphéries, or la distribution est une filière très importante dans la dynamique de développement des territoires.

 

Propositions de la Fondation Concorde :

  • Supprimer 9.5 milliards € de charges et de taxes à la production sur les entreprises exposés à la concurrence internationale.
  • Transformer le CICE en baisse de charges durables sur tous les salaires.

 

« Agriculture, alimentation, distribution » – Le point de vue de Jean Philippe Girard – Président de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA)

Le gouvernement a annoncé la tenue des états généraux de l’alimentation le jeudi 20 juillet, l’occasion de s’intéresser de près aux solutions pour sauver une filière en grande difficulté. Face à la concurrence internationale, certains agriculteurs peinent à vivre de leur activité, malgré les subventions européennes.

Pour subsister et continuer à prendre la place qui est la sienne, l’agriculture doit à nouveau produire de la valeur. Les métiers agricoles aujourd’hui perdent en attractivité et la vocation du travail de la terre n’est plus aussi présente chez nos jeunes. L’agriculture doit se saisir des nouvelles opportunités pour se moderniser et réduire la pénibilité du travail afin de fournir des emplois plus attractifs. Mais cette attractivité passe aussi par une hausse des salaires et donc par une solution globale sur les problèmes de surproduction que connait l’agriculture française et européenne.

Une dernière solution, qui s’applique déjà depuis plusieurs années, consiste à monter en gamme les produits agricoles. La montée en puissance de la production de proximité ainsi que la production bio en est le parfait exemple. En 10 ans, les produits agricoles français sont devenus plus sains et plus respectueux de l’environnement, ce qui les rend plus attractif pour le consommateur.

 

Table ronde II : Créer une « atmosphère entrepreneuriale locale »

Intervenants :

Jean-Philippe Richard, Président du Medef Nièvre

Michel Derdevet, Secrétaire général d’Enedis France

Bénédicte Jézéquel, Directrice générale de Silvadec

Olivier Babeau, Vice-président de la Fondation Concorde

 

Contexte :

  • La France a perdu 2 millions d’emplois industriels en 30 ans
  • Le nombre d’inscrits dans l’enseignement professionnel a diminué de 17% depuis 1980, lorsque les inscrits dans le supérieur ont bondi de 117%.

Proposition :

  • Hacker les CCI, pour les transformer en « Centres de compétences et d’expertise » liés à l’enseignement supérieur et à la recherche, sous le contrôle et à la disposition des entreprises.

 

L’émergence du numérique ainsi que la concurrence internationale obligent les entreprises à toujours plus investir pour être à la pointe de la technologie dans leurs domaines. Dans ce cadre l’articulation entre les PME et les grands groupes s’avère primordiale, la souplesse et la créativité des PME associées à la puissance financière et à la maturité des grands groupes. Cette articulation s’avère tout à fait nécessaire pour faire vivre les écosystèmes locaux et créer des emplois. De plus, malgré les réseaux sociaux et la possibilité de communiquer malgré de longues distances la création et l’innovation nécessitent des rencontres physiques pour être efficaces, d’où l’importance des infrastructures et des partenaires locaux.

Notre proposition permet de rapprocher les universités des entreprises, condition sin equa non pour développer l’innovation dans notre pays et devenir compétitif par rapport aux autres puissances du monde. De même, ces centres de compétences seront tournés vers la jeunesse en accordant une place importante à la promotion des juniors entreprises et des contrats Cifre. Leur principale mission sera de faciliter l’insertion des jeunes sur le marché du travail, en faisant profiter les entreprises des compétences des jeunes diplômés qui leur permettront de se tourner plus facilement vers l’avenir.

 

Table ronde III : Investir dans les nouvelles technologies : relocaliser grâce à la numérisation, robotisation

Intervenants :

Eric Carreel, Président Fondateur d’Invoxia et de Sculptéo

Elise Tissier, Directrice de BPIFrance le Lab

Gauthier Vignon, Co-Fondateur de Dagoma

Philippe Ansel, Economiste de la Fondation Concorde

 

Contexte :

Selon nos experts,

  • 19% des actifs (4,6 millions) vont voir leur emploi disparaître sous l’effet de la robotisation.
  • 23% des actifs (5,3 millions) vont voir leur emploi disparaître sous l’effet de l’intelligence artificielle
  • 31% des actifs (7,6 millions) vont voir leurs conditions de travail s’améliorer sous l’effet du numérique.
  • 27% des actifs (6,8 millions) sont protégés de la révolution numérique.

La transformation entrainée par le numérique impose d’avoir une vision globale dans tous les domaines qui seront impactés à l’avenir. La première priorité pour les pouvoirs publics consiste à offrir des infrastructures de qualité sur l’ensemble du territoire, il est inacceptable qu’il existe encore des zones blanches numériques dans certains territoire de notre pays ! De même, le numérique exige de faire preuve de pédagogie pour l’ensemble des acteurs, encore aujourd’hui 48% des chefs d’entreprise pensent que le numérique n’est qu’une bulle qui ne va rien changer. Nos experts sont pourtant unanimes, la robotisation croissante offre une formidable opportunité à notre pays pour relocaliser les emplois sur nos territoires. A condition de savoir accueillir cette révolution en créant l’environnement propice au sein de nos territoires.

Un exemple illustrant les avantages de la transformation numérique est celui de l’imprimante 3D. Cette révolution permet de favoriser les circuits courts, offrant aux entreprises la possibilité de produire des pièces ponctuelles directement au sein de leurs locaux plutôt que de les importer en grande quantité. Cette technologie permet de développer de nouveaux métiers, de nouvelles compétences au sein des territoires, des activités qui auraient été délocalisées sans cette innovation.

Le numérique doit être une chance de réindustrialiser nos territoires. Grâce au numérique une start-up peut atteindre les sommets de l’économie mondiale en moins de 10 ans, ne laissons pas ces opportunités uniquement à nos concurrents internationaux. Les entrepreneurs sont les individus à l’origine des innovations technologiques majeures, il faut les attirer dans nos territoires et leur offrir un cadre idéal à la créativité et à l’innovation technologique.

Aujourd’hui nos PME et PMI n’attirent pas les jeunes, ne font plus rêver les étudiants. Le numérique peut inverser cette tendance et offrir des opportunités nouvelles à nos jeunes. Véritables chances pour les entreprises les jeunes diplômés apportent des idées en phase avec le monde qui arrivera demain. Un changement de paradigme se constate avec les start-ups, ces petites structures offrent le cadre idéal aux jeunes diplômés et ces entreprises évoluent avec l’arrivée de ces nouvelles idées.

 

Propositions :

  • Instaurer une flat-tax à 25% sur les revenus du capital pour favoriser l’investissement en France.
  • Coupler la formation initiale et la formation continue pour mieux réagir aux mutations professionnelles.

 

« La formation professionnelle comme levier de compétence » – Le point de vue de Florence Poivey – Présidente de la fédération de la plasturgie

La formation professionnelle comporte des avantages pour tous les acteurs, pour les entreprises elle est un véritable levier de croissance, permettant d’augmenter les compétences des salariés et de les adapter aux nouvelles réalités. Pour les salariés elle est une sécurité supplémentaire, il s’agit de protéger les individus plutôt que les emplois, une personne qui se forme régulièrement, devient alors employable tout au long de sa vie. Dans d’autres pays européens les systèmes de formation professionnelle sont très efficaces et permettent une entrée rapide sur le marché du travail et un taux de chômage plus faible. C’est le cas pour la Suisse, par exemple, où 70% des actifs entrent sur le marché du travail par l’alternance.

Afin que notre système de formation professionnelle soit optimal, il s’agit de mettre les entreprises au cœur du système. Les entreprises créent les emplois dans notre pays, elles sont les plus aptes à former les individus car elles connaissent le mieux le marché du travail. Il est également fondamental de donner de l’autonomie aux établissements scolaires, chaque établissement doit pouvoir faire les formations qui correspondent le plus à leurs moyens et surtout à leur environnement.

 

Conclusion de Michel Rousseau – Président de la Fondation Concorde

Pour conclure ce colloque sur les territoires, Michel Rousseau a souligné l’importance du rôle de l’industrie et l’urgente nécessité d’agir pour permettre le retour des industries dans nos territoires. Aujourd’hui, un emploi industriel génère 27% de croissance de plus qu’un emploi dans les services, ils apportent également des salaires supérieurs aux autres secteurs.

Véritable vecteur de croissance et de lien social pour nos territoires, l’enjeu industriel est central pour notre pays. Le nouveau gouvernement doit se saisir de ce sujet pour mettre en place rapidement les bonnes réformes.

Nos propositions :

  • Hacker les CCI et les transformer en « centres de compétences et d’expertise »
  • Transformer le CICE en baisse de charges sur TOUS les salaires
  • Supprimer 9,5 milliards € de charges à la production
  • Instaurer une flat-tax à 25% sur les revenus du capital
  • Supprimer toutes les zones blanches
  • Coupler la formation initiale à la formation continue