« Digitalisation, robotisation : quelle politique industrielle au 21ème siècle? »
Petits déjeuners

Avec Marwan Lahoud, Directeur général délégué à la stratégie et au marketing du groupe Airbus

 

Ce jeudi 7 avril, la Fondation Concorde recevait Marwan Lahoud, directeur général délégué à la stratégie et au marketing d'Airbus Grouo, autour du thème "digitalisation, robotisation : quelle politique industrielle au 21ème siècle?"

 

Quels effets auront la robotisation et le numérique sur notre industrie et plus généralement sur notre économie? C'est la question à laquelle Monsieur Marwan Lahoud, directeur général délégué à la stratégie et au marketing d'Airbus Group, a apporté des éléments de réponse devant les membres de la Fondation Concorde. 

Quand certains parlent d'une France post-industrielle, et que d'autres présentent l'idée selon laquelle notre pays ne doit plus miser sur l'industrie, Marwan Lahoud la défend. Il est nécessaire d'avoir une industrie forte, en lien fort avec une économie de service. Ainsi, l'industrie ne représente pas le passé mais l'avenir, avec le développement technologique.

Alors que la France souffre aujourd'hui d'une désindustrialisation importante, avec un déficit commercial de 40 milliards d'euros, les nouvelles technologies permettront de redonner un nouveau souffle à un secteur source de développement économique.

 

Tout d'abord en privilégiant le Big Data, la récolte et l'analyse des données récoltées grâce au numérique. Celles-ci pourraient aujourd'hui représenter une aide pour les entreprises afin de comprendre les attentes des clients, à améliorer leurs produits en ce sens, mais aussi à agir directement sur leur sécurité, comme c'est le cas dans le secteur de l'aéronautique. Or les entreprises aujourd'hui n'exploitent que 0.05% des données disponibles, alors qu'elles pourraient exploiter 1000 fois plus en utilisant la technologie adéquate. Ce serait un facteur de gains de productivité et de compétitivité énorme.

 

Ensuite en s'emparant de l'impression 3D. Cette technologie permet à n'importe quel utilisateur, privé ou professionnel de (re)produire n'importe quel produit uniquement à l'aide d'une copie digitale. L'application industrielle directe, outre la production de biens, se trouverait dans la production de pièces détachées destinées à réparer des objets complexes sans passer par un sous traitant. On pourra donc internaliser une partie des services de production qui étaient jusque là très coûteux.

 

D'autres applications technologiques sont également en train de transformer notre industrie. C'est le cas de la réalité augmentée, qui permet une meilleur formation des acteurs d'un secteur, des ouvriers jusqu'au pilote d'un avion. Les objets connectés, reliés à une interface internet permettant de récolter des données sur vos habitudes et votre quotidien trouvent énormément d'application concrète. Dès demain, durant les 13h d'un Paris – Singapour, le siège passager pourrait réaliser un bilan médical complet sans aucune assistance humaine.

Enfin, la digitalisation permettra surtout de remettre l'humain au coeur du système industriel, pour en finir avec la vision fayolienne des pyramides hiérarchiques à 8 ou 12 étages, en optant pour une articulation plus horizontale des compétences.

Néanmoins, Marwan Lahoud a pointé du doigt deux freins à ce potentiel développement :

Le premier est la mauvaise notoriété des “métiers de la main", qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur, et souffrent encore de l'image pénible et aliénante véhiculée depuis 1 siècle, alors que ces techniciens représentent un avantage comparatif  indéniable pour une entreprise, et le rouage essentiel à une industrie.

Le second réside dans l'attentisme latent dans lequel il ne faut pas tomber. Le pire serait de regarder les évènements avancer, et la révolutionner s'opérer sans en prendre la tête ni même s'y intéresser.

Quand on lui demande son avis sur l'“uberisation" de l'économie, Marwan Lahoud a répondu en fustigeant le logiciel actuel en vigueur en France : “Aujourd'hui si une initiative émerge, on va la taxer. Si elle bouge encore, on la régule. Si elle devient inerte, on la subventionne. Je propose le modèle suivant : si elle émerge, on l'encourage, si elle bouge encore on dérégule pour éviter d'avoir à la subventionner".

 

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