Produits phytosanitaires dans l’agriculture : l’urgence d’une approche dépassionnée et rationnelle
Energies, matières premières et environnement

La France a du mal à aborder les sujets scientifiques de manière dépassionnée. Que ce soit les néonicotinoïdes, les OGM ou le glyphosate, le principe de précaution prime sur le principe de raison, et nombre de molécules sont interdites sous pression de l'opinion publiques, sans que soit posée la question de l'impact économique.

Sur les 60 000 tonnes de produits phytosanitaires qui étaient utilisés en 2016 en France, 9 000 tonnes étaient du glyphosate (soit 15% de la consommation), dont 8 000 utilisés par l’agriculture et 1 500 par les espaces publics et les particuliers.

 

Depuis 2017, son utilisation est proscrite pour les espaces publics, et devrait l’être à partir de janvier 2019 pour les particuliers.

L’interdiction de cette molécule coûterait 976 millions d’euros au secteur agricole, en prenant en compte uniquement les coûts directs et chiffrables.

Cette interdiction entrainerait une multiplication par 16 ou 17 des coûts d’entretien des voies de la SNCF, passant de 30 millions d’euros à près de 500 millions d’euros.

 

La dangerosité supposée de la molécule du glyphosate pour l’Homme et pour l’environnement est pointée du doigt malgré les avis scientifiques qui prouvent le contraire.

 

Dans notre dernière publication, nous avons souhaité mettre en lumière les enjeux entourant l’interdiction éventuelle de cette molécule afin de permettre au débat de quitter le domaine des passions et de l’idéologie pour revenir à celui des faits.

Cette étude a pour objectif d’envisager les conséquences prévisibles d’une interdiction de l’utilisation du glyphosate pour l’agriculture et les autres usages professionnels.

Propositions : Trois recommandations pour un débat apaisé et une action politique éclairée

 

  1. Une logique de parapluie à maitriser

L’un des problèmes majeurs des choix publics est que la logique du politique n’est pas celle des acteurs de la société, l’acteur politique cherchera à éviter d’être pris en faute et voudra à tout prix éviter le risque, notamment le risque médiatique. C’est pourquoi il préfèrera surprotéger pour se couvrir, même si le prix de cette tranquillité pour lui est l’étouffement de l’économie. Cette logique de parapluie consistant à préférer interdire dans le doute, de peur de se voir reprocher sa négligence plus tard, est un problème majeur. Le fait de confier la capacité de décision à des agences indépendantes telles que l’ANSES est une première forme encourageante de réponse. Il faut donc permettre à l’ANSES d’accroître ses moyens pour qu’elle puisse répondre aux demandes d’évaluation de produit dans des délais réduits. Cette augmentation du budget est entièrement financée par le secteur privé (chaque entreprise demandeuse finance l’évaluation) et ne pèse donc pas sur les comptes publics.

 

  1. Dépassionner le débat pour qu’il reste fondé sur les faits scientifiques

Les responsables politiques français doivent avoir le courage de faire reposer les débats sur les faits et d’éviter d’organiser des confrontations opposant des opinions aux résultats scientifique. Cette logique du « micro-trottoir » consistant à considérer tout citoyen comme légitime à émettre un avis sur des sujets scientifiques doit être bannie. Les médias peuvent jouer un grand rôle dans le rétablissement d’un débat digne et rationnel sur ces questions sensibles.

  1. Promouvoir dans l’immédiat une régulation des usages plutôt qu’une interdiction

Il n’existe pas vraiment de produit alternatif au glyphosate pour le moment, car ceux-ci n’ont pas la qualité d’universalité du glyphosate. Le contrôle des usages du produit semble une façon intelligente de sortir de ce débat. En tant que produit chimique, il est clair que l’usage du glyphosate doit faire l’objet de règles spécifiques, et cela d’autant plus que les risques environnementaux associés à son usage sont fortement dépendants des modes d’utilisation.

Des actions ont déjà été réalisées en ce sens. L’UIPP (union pour la protection des plantes) a par exemple promu le développement de « bonnes pratiques d’utilisation des spécialités à base de glyphosate en zones agricoles ». Elles recommandent d’adapter la dose à l’adventice, de traiter au bon stade végétatif et d’appliquer la spécialité dans des conditions météorologiques optimales. Ces règles d’usage, tout à fait à la portée des professionnels que sont les agriculteurs, sont de nature à minimiser les risques d’impact sur l’environnement, et a fortiori sur la santé humaine.

Le Plan Ecophyto II piloté par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement est trop souvent réduit à un seul objectif : la réduction des volumes de 25% des produits phytosanitaires employés d’ici 2020. Mais c’est oublier qu’il souhaite également « réduire l’usage, les risques et les impacts des produits phytosanitaires ». Cette approche en termes de réduction d’impact est le vrai objectif final dont la baisse du volume n’est qu’un moyen parmi d’autres.