La fin de la gérontocratie politique sera-t-elle favorable à la jeunesse française ?
Tribunes

L’élection d’Emmanuel Macron, le plus jeune Président de la Vème république, et le renouvellement du Parlement en juin prochain profiteront-il à la jeunesse de notre pays, sacrifiée par des années de politiques publiques gérontophiles ?

France qu’as-tu fais de ta jeunesse ?

« Un jeune vivra mieux en 2017 qu’en 2012 » : la campagne électorale de François Hollande avait fait de la jeunesse sa priorité. Cette stratégie avait alors porté ses fruits : 57% des 18–24 ans avait voté au second tour pour l’ancien président de la République. Néanmoins, l’intention n’ayant pas été suivie des faits, en 2017 ce sont les extrêmes qui ont recueilli la majorité des suffrages de la jeunesse (30% pour Jean-Luc Mélenchon et 21% pour Marine Le Pen).

En 2017, le tableau demeure sombre : 25% des jeunes actifs sont au chômage ; leur salaire moyen est de 1060€ (soit deux fois moins que celui de la population globale) et 36% sont obligés de se loger au domicile familial par manque de ressources financières. Cette situation est le fruit de décennies de politiques publiques faites par les séniors pour les séniors, créant une triple dichotomie entre les jeunes et leurs aînés : une iniquité intergénérationnelle qui se matérialise par le legs du fardeau de la dette aux générations futures et par un système structurellement déséquilibré favorisant la sphère publique au détriment de la sphère privée, un conflit insiders/ outsiders sur le marché du travail et l’omni présence, jusqu’à présent, d’une gérontocratie politique et morale.

Une protection sociale financée à crédit

« Bénis soient les jeunes, car ils hériteront du déficit budgétaire de l’Etat ». Cette observation de Herbert Hoover n’a jamais été autant d’actualité. L’inconscience des politiques publiques expansionnistes pèse sur les générations futures : on finance à crédit des réformes sociales de plus en plus généreuses sans se soucier de leur remboursement, en sachant pertinemment que les jeunes ne profiteront pas du même niveau de générosité que leurs aînés. Le poids de la sphère publique — 57% du PIB est consacré à la dépense publique — asphyxie, par des prélèvements obligatoires les plus élevés d’Europe, les entreprises et la création d’emploi. Ainsi, notre pays a fait le choix de financer à crédit des dépenses majoritairement sociales au détriment d’investissements productif pour les générations futures (enseignement supérieur, innovation, etc.).

Un exemple frappant en matière d’iniquité est celui des retraites. Un jeune né dans les années 1990 ne percevra que 90% de ce qu’il a cotisé (si les réformes sont menées pour équilibrer le système lorsqu’il sera en âge de partir en retraite), alors qu’une personne née dans les années 1920 perçoit ou a perçu 400% du montant cotisé ! Une situation injuste qu’il convient d’enrayer en mettant fin aux régimes spéciaux de retraite et en développant un système de capitalisation par points, pour équilibrer un système déficitaire. L’autre exemple le plus explicite est celui du logement : le taux d’effort des moins de 30 ans a fortement augmenté. Ils y consacraient 12% de leur revenu en 1984, contre 30% aujourd’hui. Les politiques du logement successives n’ont jamais été axées sur les nouveaux entrants. Résultat : le faible taux de rotation dans le parc social défavorise les derniers arrivés ; dans le parc privé, les jeunes sont les premières victimes de la flambée des prix dans les zones tendues.

Une dualité insiders/ outsiders qui nuit à la jeunesse

En plus d’un taux de chômage plus fort chez les jeunes actifs, les jeunes sont aussi les plus précaires : 29,3% des 15- 24 ans sont titulaires d’un CDD, contre 8% de la population globale. Une situation qui rend de facto plus difficile leurs recherches de logement, restreint l’accès au crédit et ne leur permet pas d’envisager sereinement leur avenir à moyen terme.

La prochaine réforme du code du travail, impulsée par l’exécutif doit permettre de remédier à cette situation en transformant profondément notre marché du travail : pour permettre aux jeunes de pouvoir pénétrer durablement le marché du travail, il faut en finir avec l’hypocrisie aujourd’hui en vigueur qui surprotège les salariés en place et qui exclut les plus fragiles.

Il faut briser la barrière existante et persistante entre outsiders et insiders, en sécurisant les modalités de rupture du CDI, en introduisant le concept de contrat de mission en substitution du CDD, en développant l’alternance comme solution d’emploi et de croissance, en sécurisant le statut des travailleurs indépendants et en développant les « contrats de coup de pouce » à destination des NEET.

Les jeunes absents de la politique

Les jeunes ont trop souvent été victimes de politiques faites par les séniors, pour les séniors, comme en témoigne l’âge moyen des députés sortants, qui est de 20 ans supérieur à celui de la population française. Pour enrayer cette dynamique, des mesures portant sur le non cumul des mandats dans le temps doivent être déployées pour ne plus faire de la fonction de parlementaire, une carrière professionnelle. La composition du Parlement en juin prochain, probablement plus jeune et plus représentatif de l’ensemble de la société sera une bonne nouvelle. Espérons que notre nouvelle représentation nationale offre un nouveau souffle à sa jeunesse en enclenchant des réformes structurelles courageuses et ambitieuses remédiant aux iniquités intergénérationnelles. Flexibiliser le marché du travail, refonder notre système de protection sociale et opérer une réduction de la dépense publique doivent être au cœur de leur action. 
 
La jeunesse française représente l’avenir du pays, une richesse inépuisable, une énergie dont il faut se servir pour soutenir les réformes qui les concernent en premier lieu. La négliger c’est hypothéquer l’avenir de notre pays. Dans se dernière publication “manifeste pour réanimer une jeunesse sacrifiée”, la Fondation Concorde a formulé des propositions allant dans ce sens pour réanimer une jeunesse française aujourd’hui désenchantée.