Le commerce extérieur dans l’angle mort des politiques publiques
Entreprises

La balance commerciale française est gravement détériorée : depuis 2004, aucun excédent commercial n'a été dégagé par notre économie. Cela fait donc 13 ans que nous en sommes en situation de déficit commercial.

Les derniers résultats semestriels de notre commerce extérieur montrent que cette situation ne sera pas résorbée cette année pire, notre déficit commercial s'élève à 41 milliards d'euros pour les 7 premiers mois de 2017.

La France accuse aujourd'hui un différentiel de 300 milliards d'euros avec l'Allemagne, lorsque l'on compare les balances commerciales. Ce décrochage tient en 2 principes simples : notre consommation est trop élevée et notre production est trop faible. Le Business Modèle de la France n'est donc pas adapté à la structure de son économie. 

En 2017 la France ne produit pas plus de produits manufacturés qu'en 1996, alors que la consommation intérieure de ses biens a augmenté de 60%. Nos économistes ont également calculé que lorsque la demande française augmente de 100€, 72€ profitent aux importations et 28€ seulement vont vers l'économie française. Concrètement, cela signifie que la baisse de la taxe d'habitation estimée à 10 milliards, profitera à 72% aux entreprises étrangères, (notamment allemandes et chinoises) et seulement à 28% aux entreprises française. 

Cette situation de faible production est le fruit de plusieurs années de politiques publiques faisant la part belle à la relance par la demande, en occultant l'importance de l'offre. Pour se satisfaire, la demande intérieure va donc consommer sur les marchés étrangers, augmentant ainsi nos importations et dégradant notre balance commerciale, le tout dans un silence politique assourdissant.  

Si aucune politique volontariste n'est développée en France pour relancer l'offre, cette situation ne fera que s'aggraver. Pour résorber notre déficit commercial, il faut nous concentrer sur l'industrie, qui représente plus de 70% de nos échanges commerciaux. Pour cela,  nous devons par exemple: 

  • Supprimer les impôts à la production (comme la CVAE) qui pèsent sur nos industries et qui sont à l'heure où le commerce est mondial, un véritable impôt sur le "Made in France".
  • Aligner systématiquement nos règlementations sur les normes européennes en renonçant à toute surenchère.
  • Transformer le CICE en baisse de charges sur l’ensemble des salaires.
  • Prolonger jusqu’en 2020 le suramortissement des investissements industriels
  • Mettre en plance un plan stratégique de formation pour les métiers industriels en tension et confier le pilotage de la formation professionnelle aux entreprises au niveau des départements. 

 

La France dispose, avec la révolution technologique en cours, l'émergence des robots et des imprimantes 3D, d'une opportunité unique pour produire à nouveau sur son territoire. Nous devons pour cela bien appréhender ce virage, et effectuer les réformes nécessaires pour enfin sortir de la spirale du déficit commercial.


Etude réalisée par Philippe Ansel, chef économiste à la Fondation Concorde.